Psy, un incontournable de la pop culture ?

En ce 30 octobre, le clip-vidéo de « Gentleman » de Psy affiche désormais plus d’un milliard de clics sur youtube. Dévoilé le 13 avril 2013, il aura mis 3 ans et 10 mois à  établir ce nouveau record. Alors que le buzz médiatique autour de Psy s’est largement essoufflé sur la scène internationale, en quoi les single et clip-vidéo de « Gentleman » contribuent-ils à la diffusion la pop culture coréenne à travers le monde ?

A l’époque de la mise en ligne de « Gentleman », la question dans tous les médias était : le clip-vidéo fera-t-il mieux que « Gangnam Style » (1,2,3) ?  Pour Psy, la question était : comment rester fidèle à son style décalé tout en faisant la promotion de la pop culture coréenne ?

Des paroles faciles à prononcer

Oui, avant le visuel, il faut déjà la chanson. « Gentleman » a clairement une visée internationale. Dans ces interviews de l’époque, Psy avait expliqué qu’il avait pensé les paroles par rapport à leur facilité de prononciation pour des non-Coréens. Le titre « Assarabia » avait même été écarté pour l’offense qu’il pourrait créer auprès du public arabe. L’argument de la prononciation peut sembler futile mais il est plus que recevable, vu comment le « kang-nam » (avec un a ouvert) s’est régulièrement retrouvé prononcé « gang-nam » ou « gaeng-nam ». Et c’est pourquoi « Gentleman » est rythmé par  un refrain toujours réduit à une phrase mais complètement en anglais : « I’m a mother father gentleman ». Certains y verront un barbarisme grammatical, une maîtrise défaillante de l’anglais. D’autres, plus imaginatifs, y verront une phrase innocente mais transformable en phrase vulgaire si le father est remplacé par un autre mot. D’une façon générale, la structure des couplets basée sur la répétition du « allangamolla » [ndlt: « je ne sais pas si tu sais que… »] et les expressions anglophones permettent effectivement de chanter avec la bonne prononciation.

Une chorégraphie facile à reproduire

« Gangnam Style » a la « horse dance » [ndlt: « la danse du cheval »], « Gentleman » a la « saucy hip dance » [ndlt: « la danse du déhanché arrogant »]. Psy avait entretenu le mystère sur la chorégraphie en déclarant à plusieurs reprises qu’il y aurait “un pas connu de tous les Coréens, mais qui ne l’est pas à l’étranger.”  Les teasers, notamment le gif du postérieur, sont restés obscurs pour les médias étrangers, mais le visuel était familier pour qui a dansé sur « Abracadabra » des Brown Eyed Girls en 2009. D’ailleurs, bien qu’il n’y ait pas de loi coréenne au sujet de la propriété intellectuelle pour la danse, Psy avait versé une somme d’argent à l’équipe de chorégraphes Yama & Hotchicks en guise de dédommagement et de remerciement pour leur créativité dont il s’est inspiré. De plus, il a recruté Ga In, membre des Brown Eyed Girls, pour danser à ses côtés.

Cependant, la chorégraphie du refrain n’est pas basée uniquement sur ce pas. Après le déhanché de gauche à droite et un petit tour sur soi-même, il faut sauter pour  la “crab dance” (꽃게 춤 ; kkotke-choom) puis donner quelques petits coups de bassin à la Michael Jackson. En fait, le clip-vidéo de « Gentleman » fait un aller-retour constant entre la pop culture coréenne et la pop culture internationale.

Un clip-vidéo entre pop culture coréenne et pop culture internationale

Certes, les médias internationaux ont relevé le fait que le clip-vidéo a reçu un avertissement du CSA coréen parce que Psy donne un coup de pied dans un plot de signalisation. Certes, la sensualité de Ga In a été remarquée. Certes, l’humour choisi par l’artiste a semblé forcé, peu spirituel mais avait le mérite d’être compréhensible dans tous les pays…  Mais le clip-vidéo de « Gentleman » repose avant tout sur les références culturelles créées ou en tout cas véhiculées par l’émission de divertissement Infinite Challenge diffusée sur MBC depuis 2005.

haha

Derrière cette longue frange, se cache le rappeur Haha incarnant « Hybrid Springsprout Leolevy » apparu pour la première fois dans l’épisode du 29 septembre 2012. Ce personnage a la particularité d’avoir deux coeurs,  de faire le shuffle et d’avoir sa propre version de la rabbit dance. Hérité des années 80, ce pas est à la culture pop coréenne, ce que le « running man » est la culture pop nord-américaine.

psy-et-yoo-jae-suk

De même, Yoo Jae Suk, animateur numéro 1 de la Corée du Sud, a remis son costard flashy et sa perruque de son duo Sagging Snail créé avec le chanteur Lee Juck en 2011 pour le West Coast High Way Festival. Dans « Gangnam Style », il remportait une battle avec sa « grasshoper dance », sa danse de la sauterelle. Dans « Gentleman », il est au supplice en proie à une envie pressante alors que Psy se venge en ralentissant l’ascenseur .

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La « jeojil dance » Noh Hong Chul dans « Gangnam Style » avait déjà fait sensation, mais cela faisait plusieurs années qu’il la pratiquait dans Infinite Challenge. Dans le clip de « Gentleman », il apparaît en arrière-plan dans la scène du restaurant. Viennent ensuite Jung Jun Ha et Park Myung Soo. Ils font honneur à leur duo comique popularisé par leurs personnages du « couple Ha & Su ». Cette  “Fire dance” (불장난 ; buljangnan) fait partie de leur marque de fabrique pour faire rire sur les plateaux de télévision.

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Bien qu’ils aient respectivement quitté l’émission en 2014 et en 2015 [1], Gil et Jung Hyung Don restent des membres mémorables d’ Infinite Challenge. Membre du duo hip-hop LeeSsang, Gil avait rejoint l’équipe en 2009. Son crâne rasé généralement caché par un couvre-chef en public est poli avec soin dans le clip-vidéo de « Gentleman ». Jung Hyung Don illustrait ici sa réputation d’irrévérencieux du divertissement coréen en faisant semblant d’aider une jeune femme à se relever pour mieux la faire tomber. Une petite « Jinsang dance » s’imposait pour célébrer son action.

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Le « gonna make you sweat, gonna make you wet, Wet Psy » qui mène au climax de la chanson est un clin d’oeil tout en autodérision. Le chanteur rappelle au public averti et fait découvrir aux nouveaux fans un de ses surnoms dans le divertissement : « Psy qui transpire [2] ». L’extrait de l’émission « Dinner Show » du 30 avril 2011 apparaît même comme un flash à 2 minutes 34 dans le clip-vidéo de « Gentleman ». La scène de la piscine est donc à prendre avec humour, mais elle a plusieurs degrés de lecture comme le reste du clip-vidéo. Si certains voient des connotations sexuelles dans la scène du pojangmacha où Ga In mange un eomook et Psy manipule la pâte à faire des tteoks, il n’empêche que chaque élément du décor et chaque accessoire font écho à un mode de vie typiquement coréen… Tout comme le fait le clip-vidéo de « Gangnam Style ».

Psy, une icône de la pop culture pour tous ?

Au plus fort du buzz, c’est-à-dire en 2013 – 2014, les médias étrangers ont écrit sur le « phénomène Psy » pour expliquer en quoi il ne serait que le chanteur d’un seul succès. Malgré tout, les articles les plus optimistes l’érigeaient en contre-exemple de la K-Pop bubblegum… Le chanteur a eu beau tweeter ses anciens clips, a eu beau autoriser le streaming live de ses concerts par la suite, la diversité de son répertoire a rarement été analysée.

Park Jae Sang est devenu chanteur par défaut. Il a pris le micro pour chanter ses compositions dont personne ne voulait. Son succès populaire s’est construit à petits pas et a bien failli disparaître après le scandale autour de son service militaire. Néanmoins, il a toujours gardé une vision claire de la musique qu’il souhaite défendre en tant que Psy. L’impact de « Gangnam Style » l’a surpris. Une fois le stress passé du « je-dois-faire-mieux » comme il l’a ressenti avec « Gentleman », Psy a continué à tâtonner pour créer une musique touchant le public le plus large possible. Si « Hangover » avec Snoop Dogg en featuring a reçu un accueil mitigé, l’artiste semble avoir changé de tactique avec son septième album studio. Désormais, tout en faisant la distinction entre son public coréen et son public international, il se présente comme le trait d’union entre les deux visions. Sorti en 2015, « Chiljip Psy-da » comporte de nombreux featurings. De XIA à Will.I.Am en passant par la légende du rock coréen Jun In Kwon, Psy démontre sa capacité à élargir ses horizons, à collaborer tout en véhiculant la culture coréenne et en jouant avec les codes de la culture internationale. Quand Psy fait appel aux plus grandes stars coréennes pour faire revivre les années 70 dans « Napal Baji » comme les T-ara l’avaient fait avec « Roly-Poly », elles sont au rendez-vous.

Pour son clip-vidéo « Sing », Ed Sheeran a été inspiré par la soirée arrosée qu’il a passée avec Psy et a complimenté le remix que ce dernier en a fait. C’est peut-être ça « le phénomène Psy » à l’heure actuelle. Au-delà de la discussion autour de la qualité artistique, sa musique illustre désormais un voyage dans une culture pop globalisée et globalisante aux codes visuels simples mais efficaces pour être accessible à tous… ou en tout cas avec le potentiel pour.

1: Gil a cessé toute apparition publique en 2014 après avoir été arrêté pour conduite en état d’ivresse. Ce n’est qu’en 2016 qu’il a recommencé à faire de la musique. Souffrant de surmenage et de crises d’anxiété, Jung Hyung Don a quitté la scène du divertissement fin 2015. Sa brève apparition surprise dans l’épisode du 10 septembre 2016 laisse supposer qu’il va mieux.

2:겨싸 (kyeo-ssa) est un des surnoms de Psy. C’est une combinaison entre les mots 겨드랑이 땀 (kyeodeurangi ddam, transpiration des aisselles) et son nom d’artiste Psy (싸이 à prononcer ssa-ee comme en anglais). 

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