Le « 7-year jinx » est-il toujours d’actualité ?

Alors que des groupes comme BTS et Twice surfent désormais sur la Hallyu musicale visant d’abord le public adolescent et fraîchement vingtenaire, les groupes-phare de la seconde génération font leurs adieux.

Depuis 2016, la planète K-Pop vit au rythme des séparations. Le 23 mai, Starship Entertainment a annoncé la dissolution de Sistar. Ayant débuté en 2010, Hyolyn, Bora, Dasom et Soyu avaient essayé des concepts visuels sexy funky ou femme fatale, mais ce sont leurs sorties estivales qui leur avaient permis de s’imposer sur la scène musicale. Depuis « Loving U » en 2012, elles étaient attendues chaque été avec un nouveau hit au point où elles avaient le surnom de « summer queens ». Contrairement à certains groupes dont la séparation s’est faite par un manque de popularité (Rainbow, Crayon Pop), sur fond de rumeurs de mésentente et de conflits entre membres et/ou avec l’agence (Kara, 4minute, 2NE1, T-ara), les Sistar ont réussi à mener leur carrière commune et individuelle sans scandale jusqu’au bout (enfin, Dispatch peut toujours nous déterrer quelque chose d’ici la sortie de leur opus goodbye). Pourtant, elles n’ont pas résisté au « jinx des 7 ans »… Mais quand il s’agit simplement d’avoir d’autres aspirations, d’avoir envie de passer à autre chose, de changer d’environnement de travail, peut-on vraiment parler de malédiction ?

Jinx des 7 ans ou la création d’une malédiction

Les membres d’un groupe idol signent généralement un contrat exclusif de 7 ans. Pendant cette période, ils peuvent mener des activités individuelles dans n’importe quel domaine. Au vu de la première génération dont les groupes les plus populaires se sont séparés au bout de 5/6 ans, l’expression « malédiction (jinx) des 7 ans » a donc commencé à être utilisée pour souligner la longévité d’un groupe. Ceux qui parviennent à franchir le cap (d’autant plus sans changement de membre au passage) sont applaudis pour leur stabilité au top de la scène musicale. Ceux qui atteignent ce cap et décident de prendre une autre voie sont félicités pour leur travail. Ceux qui ne vont pas jusqu’à ce 7ème anniversaire sont salués pour leurs efforts mais considérés comme les victimes de cette malédiction… Mais contrairement à la première génération portée par S.E.S, H.O.T, Sechs Kies, g.o.d, ou encore FIN.K.L qui avaient cessé toute activité commune avant leur septième anniversaire officiel, les groupes de seconde génération ont-ils d’autres alternatives ?

Les groupes féminins : de la difficulté de s’affirmer artistiquement

Girls’ Generation, miss A, f(x), Secret… Si ces groupes féminins sont officiellement encore en activité et ont passé le cap des 7 ans, le départ d’un membre a obligé les agences à changer la stratégie de promotion. Les fans peuvent donc les suivre à travers leurs activités solo, que ce soit sur scène ou devant les caméras. Si la formule consacrée « le prochain album est en préparation » revient au détour d’une interview, le groupe n’est plus une priorité dans leur carrière. Si annonce de séparation il y a dans les prochains mois, la transition aura été faite en douceur. Et il y aura peu de surprise. Aussi différent que leur style musical peut être, ces groupes féminins ont été présentés uniquement comme des produits minutieusement élaborés par leurs agences. Bien que certaines chanteuses s’investissent dans l’élaboration des albums – et pas qu’au niveau visuel -, force est de constater que les agences misent peu sur l’image de « chanteuse-productrice » alors que les artistes masculins sont au contraire encouragés à se présenter comme créateurs. YG Entertainment offre l’exemple le plus illustratif de cette différence genrée. La promotion de tous les groupes exclusivement masculins s’effectue par la mise en lumière de qui a produit, qui a écrit, qui a composé (généralement toujours les mêmes, d’ailleurs). Par contre, quand les artistes féminines sortent du donjon font un comeback, Teddy Park façonne leur identité musicale. Pour l’instant, les Wonder Girls (officiellement séparées au bout de dix ans) sont le seul groupe féminin de seconde génération à avoir renouvelé leur concept avec succès en co-écrivant, co-composant et co-produisant leur titre promotionnel. « Why So Lonely » était fidèle à leur image rétro, mais l’utilisation du reggae était une première pour elles (1). Le refus d’impliquer les chanteuses dans leur direction artistique peut donc être un frein à la longévité d’un groupe qui n’évolue pas au rythme de celles qui le forment. De plus, l’hypersexualisation des jeunes femmes peut entraîner à l’inverse un fort désintérêt chez le public féminin (manque d’identification) et chez le public masculin quand les chanteuses passent vraiment l’âge du concept virginal et ne se réinventent pas.

Les groupes masculins : le relais pour passer la trentaine

La date anniversaire des 7 ans est doublée d’une autre échéance pour les groupes masculins : le service militaire. Bien qu’ils aient la possibilité de repousser jusqu’à 30 ans cette pause obligatoire de 2 ans, les chanteurs idol doivent construire leur carrière en planifiant leur passage à l’armée. A l’instar des Shinhwa qui étaient les pionniers en matière de réussite du système relais, les Super Junior font leur service militaire par vagues. Le nombre conséquent de membres leur a permis de faire rayonner le nom du groupe malgré l’absence temporaire de certains (et même le mariage de l’un d’entre eux). Avec T.O.P parti à l’armée cette année, les BIGBANG se préparent à faire la même chose (* le prochain solo de Taeyang a intérêt à faire plus de 38 minutes *). De leur côté, c’est sous le nom de Highlight que les ex-Beast (sans Hyun Seung) continuent leurs activités après avoir quitté Cube Entertainment. De même, les Teen Top ont déjà effectué un cycle d’activités promotionnelles depuis le départ de L.Joe. Les B1A4, CN Blue ont aussi fêté leur septième anniversaire et continuent de se promouvoir.

Girls vs. Boys, un chemin différent vers la longévité ?

Le déséquilibre entre la longévité des groupes féminins et des groupes masculins s’explique en partie par les concepts. La majorité débutant à l’adolescence, la difficulté première est de trouver un visuel adapté à l’âge des chanteurs tout au long de leur transition vers l’âge adulte. Le passage du cute au charisme se fait plus facilement pour les garçons que pour les filles. Ces dernières sont souvent limitées à deux possibilités : le style innocent (bonus pour l’uniforme d’écolière) et le style sexy. Le concept tomboy/hip-hop girl a été essayé à diverses reprises mais a toujours échoué (2Eyes, Sonamoo, EvoL, the Ark etc). Rares sont celles comme les Girls’ Generation qui, en jouant sur les fantasmes, renouvellent constamment leur style visuel sans perdre de fans (* tousse * A Pink forever cute). C’est pour cette raison que les agences ont décidé de miser sur une troisième génération de groupes féminins dont l’entrée dans le monde adulte est mis en scène dès le départ. Depuis leur lancement en 2014, les Red Velvet ont présenté progressivement leur côté Red (coloré, énergique) et leur côté Velvet (doux, sensuel), ce qui devrait leur permettre à terme d’aborder des concepts plus matures sans perdre l’image qui a plu au public à leurs débuts. Les Lovelyz et les Gfriend ont été promues à travers des trilogies musicales étalées sur plusieurs mois, ce qui leur a permis de faire une ascension des charts en faisant évoluer leur visuel lentement. JYP Entertainment est allé plus loin en mettant en avant l’histoire musicale des Twice. Après les opus « The Story Begins », « Page 2 », « Twicecoaster Lane 1 », le groupe fait la promotion de « Signal » en exploitant l’inépuisable concept « écolière » mais pour un titre à la mélodie un peu décalée. Toutes les conditions sont créées pour leur assurer la longévité que peu de groupes féminins ont atteinte.

Il est possible que certains groupes cessent d’être actifs sans pour autant se dissoudre. Comme 1TYM chez la première génération, ZE:A, MBLAQ, After School, U-Kiss ou encore Nine Muses n’ont de cesse de démentir des rumeurs de séparation alors que leur pause se prolonge. Infinite, VIXX, B.A.P, BtoB, EXO… Voici quelques-uns des groupes qui devront bientôt affronter leur septième anniversaire. A l’heure où les Shinhwa continuent de tenir un concert annuel, que plusieurs groupes de la première génération se sont reformés pour faire plaisir à leurs fans le temps d’un single voire d’un album, la malédiction des sept ans ne semble plus aussi péremptoire qu’avant.

 

(1) Les Brown Eyed Girls et EXID sont dans une catégorie à part. Les singles spéciaux « cadeaux » pour les fans ne comptent pas non plus.

Sources : 1, 2, 3

Une réflexion sur “Le « 7-year jinx » est-il toujours d’actualité ?

  1. Pingback: Le premier semestre musical de 2017 avec BTS, Twice et autres |

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s